Comment localiser et suivre les orages par images satellites ?

appel satellite orage 400En mer, la grande majorité d’entre nous préfère se tenir loin des grains et des orages, compte tenu de la violence potentielle de ces phénomènes et de la relative imprévisibilité de leur trajectoire.

Tout l’enjeu réside donc dans notre capacité à les anticiper et nous avons déjà vu ensemble les principaux outils permettant de les suivre dans l’article « Comment éviter les grains et les orages en mer : 3 outils utiles à connaître et à maîtriser ! »

Pour aller un peu plus loin sur ce sujet, nous vous proposons dans ce nouvel article de découvrir comment repérer les orages à partir des images satellites, aujourd’hui facilement accessibles, et quelle méthodologie mettre en place pour réaliser un suivi fiable et pertinent.

Une nouvelle fois, c’est l’incontournable application Windy, que la plupart d’entre nous utilise désormais en navigation côtière notamment, qui va nous permettre d’anticiper un rique orageux, en mettant à notre disposition des images satellitaires géolocalisés dans le visible et l’infrarouge.

Attention toutefois, l’ambition de cet article n’est pas de vous apprendre à réaliser une véritable prévision d’orage car rares sont ceux capables de prévoir avec précision le lieu et l’heure de survenue d’un orage, ainsi que son déplacement, même avec les moyens techniques existants aujourd’hui. Mais à notre niveau, et avec les outils météo disponibles, il nous est tout de même possible d’appliquer une version simplifiée des méthodes utilisées dans la prévision immédiate.

La prévision immédiate est une prévision fine à très court terme (quelques heures) centrée sur une zone géographique restreinte, qui utilise les données d’observations (y compris celles issues des satellites) ainsi que les prévisions des modèles à maille fine.

La prévision immédiate est donc particulièrement bien adaptée à la surveillance des orages et autres événements soudains, tels les chutes de neige ou des précipitations importantes.

Elle est mise en œuvre par les services météorologiques en cas de situation à risque ou en prévision d’événements particuliers (meeting aérien, rencontres sportives …).

Localiser un risque orageux

Les cumulonimbus, 1er indicateur d’un risque orageux

La formation d’un orage intervient toujours dans un contexte de forte instabilité verticale de l’atmosphère qui, en favorisant les courants verticaux (convection), génère les cumulonimbus dont certains produiront des cellules orageuses.

Un cumulonimbus peut contenir une ou plusieurs de ces cellules, chacune d’entre elles présentant en général une longueur de quelques kilomètres et une durée de vie de moins d’une heure.

Il est donc essentiel de repérer en premier lieu ces zones à risque et à quelle échéance peut survenir un risque orageux. Pour cela, il convient de localiser sur les cartes satellitaires les cumulonimbus à forte extension verticale, susceptibles de générer des grains violents.

Comment repérer les cumulonimbus sur les images satellites ?

L’identification des cumulonimbus se réalise facilement en comparant les images visible et infrarouge des cartes satellitaires. Au besoin, n’hésitez pas à aller lire, ou relire, notre article Le b-a-ba à connaître pour bien débuter avec les images satellites météo avant d’aller plus loin.

Dans le domaine du visible, les nuages d’un blanc éclatant correspondent aux nuages épais, pouvant être de type cumulonimbus, altostratus, cirrostratus épais, altocumulus, cumulus congestus, stratocumulus ou stratus épais.

L’imagerie infrarouge permet ensuite de distinguer, parmi tous ces différents types de nuages, les seuls cumulonimbus et cirrostratus épais (qui ne contiennent toutefois eux aucune précipitation) car ces derniers sont toujours les plus froids.

Le pointeur météo de Windy vous permettra de connaître précisément la température de la partie supérieure des nuages. Windy propose par d’ailleurs des images brut en infrarouge (IR) mais également des images en infrarouge coloré (IR+) qui met en évidence les nuages présentant la plus grande extension verticale, souvent à l’origine des grains les plus actifs.

comparaison imagerie

Les cumulonimbus (orageux ou non) présentent par ailleurs une forme d’enclume caractéristique, facilement répérable sur les photos satellitaires. En effet, cette enclume se présente comme une écharpe transparente sur l’image visible et son altitude étant élevée, donc sa température faible, elle apparaît aussi froide que le reste du cumulonimbus sur l’image infrarouge.

identification Cb

Si votre zone de navigation est couverte par des radars météorologique ainsi que par blitzortung, site communautaire et collaboratif de détection de la foudre en temps réel, ces données de précipitations et d’impact de foudre seront disponibles dans la couche « radar météo » de Windy.

Il vous sera alors possible de rapprocher ces données relatives à l’intensité des précipitations et d’impacts orageux avec celles de localisation des nuages. En mettant ainsi ces divers éléments en parallèle, vous n’aurez alors plus de doute quant à la localisation de nos fameux cumulonimbus, même si vous débutez avec l’imagerie satellite.

Pour mémoire, la nuit, les images du domaine du visible ne sont pas exploitables. Seule l’imagerie infrarouge coloré reste disponible mais comme nous venons de le voir, elle permet de bien mettre en évidence les cumulonimbus lorsqu’elle est corrélée avec les autres données disponibles (bulletins météo, index d’instabilité des modèles numériques, situation existante avant la tombée de la nuit, observations visuelles …).

visible jour-nuit

A quelle fréquence faut-il actualiser la localisation d’un risque orageux ?

Contrairement aux données brutes de modélisation (indices CAPE, CIN, réflectivité radar) disponibles dans les fichiers GRIB, qui n’apportent pas de précision quand à la localisation et à la temporalité d’un orage, cette méthode d’identification des cumulonimbus par imagerie satellite permet également de se situer en temps réel par rapport à ces derniers et donc d’appréhender relativement précisement un risque orageux à court terme … ainsi que de s’y préparer si d’aventure la trajectoire de ce dernier venait à croiser la vôtre …

N’oubliez pas que les phénomènes de convection évoluent très rapidement et qu’il en est donc de même pour la naissance et/ou la mort d’un cumulonimbus. En cas de risque orageux, il est donc indispensable de suivre l’évolution de la situation très régulièrement si vous souhaitez parer à toute éventualité.

Si besoin était, l’animation ci-dessous, qui montre l’évolution de la convection d’un cumulonimbus isolé sur un pas de temps de 2 heures seulement, devrait achever de vous convaincre de l’importance de ce suivi rapproché !

Suivre la trajectoire des orages

Via l’utilisation des animations satellites

Une fois les cumulonimbus localisés, les animations disponibles sur Windy sont un outil remarquable pour réaliser le suivi des orages en terme de :

  • trajectoire à très court terme ainsi que de vitesse de déplacement approximative car Windy fournit les outils nécessaires pour se positionner & mesurer des distances entre différents pas de temps, ce qui permet d’estimer au mieux ces deux paramètres,
  • stade de développement ou de dissipation des grains par la simple visualisation de la dynamique des nuages (taille des nuages, bourgeonnement des cumulus)

Nous l’avons vu, les images radars sont d’intéressants compléments aux images satellites car elles permettent d’apprécier les précipitations intenses et les impacts de foudre. Et sur Windy, il est également possible de suivre leur évolution via des animations.

Ainsi, les zones apparaissant en marron / noir sur les images radar correspondent aux zones d’impacts de foudre, pour la durée de l’animation choisie (2h, 6h ou 12h).

A titre indicatif, le tableau ci-dessous vous indique la correspondance entre l’échelle de l’imagerie radar (dBz), le quantitatif de précipitations (mm/h) correspondant ainsi que le type de précipitations (averses ou orages).

correspondance radar

Comme une image vaut toujours mieux qu’un long discours, voici en guise d’illustration une vidéo localisant un front orageux sur le Sud de la Sardaigne et mettant en regard les différentes imageries disponibles pour le suivi de ce phénomène.

Vous pourrez ainsi constater la réalité de la corrélation existante entre altitude (et donc température) des nuages, intensité des précipitations et présence de foudre.

Cette séquence, qui correspond à un pas de temps de 6h, permet de bien visualiser l’évolution de la convection ainsi que le déplacement des grains orageux vers le NNE.

Via l’utilisation des cartes d’altitude issues des fichiers GRIB

Une fois les foyers orageux localisés, il est également possible d’appréhender la direction et la vitesse de leur déplacement en utilisant les cartes du vent en altitude.

En effet, les phénomènes orageux ne se déplacent pas avec le vent de surface mais prennent la direction du vent d’altitude. Ainsi les cartes « 500 hPa » (qui correspondent à une altitude d’environ 5 500 m, soit le milieu de l ‘atmosphère) informent donc sur le sens et la vitesse de déplacement des systèmes (hors zone tropicale, où il convient d’utiliser les cartes 700 hPa)

D’une manière simplifiée, lorsque les isolignes 500 hPa présentent une faible courbure, ce qui correspond au cas le plus fréquent, les phénomènes orageux se déplacent dans la direction et à environ la moitié de la vitesse du vent présent à cette altitude. Ceci n’est pas valable lorsque les isolignes présentent une forte courbure ou qu’elles sont fermées, nous reviendrons sur ce cas de figure dans un article dédié aux cartes d’altitude.

Sur l’exemple ci-dessous, les images infrarouges, prises à intervalle de 30’ , indiquent un déplacement des nuages d’altitude vers l’ESE.

planche déplacement 1

L’utilisation de l’outil « distance & planification » de Windy permet en complément d’estimer la distance parcourue, et donc la vitesse de déplacement de ces mêmes nuages, entre 2 relevés (au besoin, n’hésitez pas à découvrir notre tuto express Windy qui vous permettra d’apprendre, notamment, à utiliser cet outil).

La carte de vent à 500 hPa permet d’arriver à la même conclusion, c’est à dire que les nuages vont se déplacer à environ la moitié de la vitesse du vent à ce niveau, soit environ 20 nœuds, dans une direction ESE.

planche déplacement 2

Comme toujours, l’interprétation des jolies cartes colorées issues de l’imagerie satellite peut facilement être trompeuse.

C’est pourquoi le repérage des cumulonimbus, qui représentent le principal risque orageux de nos navigations, constitue une méthode fiable et facilement accessible à tous avec un peu de pratique.

En pratiquant de la sorte, les images satellites vous apporteront indéniablement plus de sécurité, en vous permettant par exemple de prendre sereinement la décision de partir en navigation si le timing le permet…. ou de laisser passer les grains et d’attendre l’acalmie en restant bien à l’abri.

Alors n’attendez plus, entrainez-vous et vous verrez que vous ne pourrez très rapidement plus vous en passer !

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