6 raisons de bien régler vos voiles

les-tutos-de-la-croisiere-1Chers amis marins, prenez-vous vraiment le temps de bien régler vos voiles ?

Je me souviens de mon premier retour des Açores, seule à bord de mon vieux Chance 32. Une semaine de calmasse, une semaine de près. 14 jours pour parcourir 1200 milles avec un voilier de 9,80m ! Non, ce n’est pas glorieux. A ma décharge, j’avais 20 ans, je n’avais pas encore beaucoup d’expérience et surtout peu d’argent pour m’offrir de belles voiles.

En effet, réglage ou pas, avec des voiles défoncées, le près c’est la galère ! Cela étant, si j’avais su régler mon point d’écoute de génois, j’aurais sans doute gagné une bonne journée, et peut-être même plus.

“Et alors ? me direz-vous, si tu aimes naviguer: quel besoin de raccourcir le temps passé en mer ?”

Déjà, 24h après mon arrivée à Brest, un reste de cyclone, rétrogradé en forte tempête, a balayé la Bretagne. Si j’étais arrivée un jour plus tard … en fait je ne serai peut-être pas arrivée du tout et mon blog Les Tutos de la croisière n’existerait pas.

Ensuite si mes voiles étaient si déformées, de mauvais réglages de la part des précédents propriétaires y avaient peut-être largement contribué.

Dans cet article je vais vous donner 6 bonnes raisons de bien régler vos voiles, et vous donner les bases essentielles de ces réglages.

1. La longévité du matériel

Les voiles ont un creux, calculé pour votre voilier par ordinateur. Vous pouvez l’ouvrir, le fermer, l’effacer pour laisser plus ou moins de vent s’échapper par le haut ou l’arrière de la voile selon les circonstances.

Ce creux, vous devez en prendre soin. Si la voile est exposée à des tensions trop fortes ou mal orientées, elle se déforme de manière irréversible. Parfois elle se déchire.

Une voile déformée perd en efficacité. Votre voilier va moins vite, et il fait moins de cap. Par contre il gîte plus. Les efforts sur le gréement sont plus importants.

Une voile qui fasseye trop longtemps finit elle aussi par s’abîmer, tandis que les vibrations malmènent les sertissages des haubans.

2. La sécurité

Tant qu’il ne navigue pas au près, un voilier même mal réglé parvient toujours à destination. A tel point qu’il est assez facile de traverser l’Atlantique par les alizés sans avoir une grande expérience de la voile.

Par contre, si vous devez vous réfugier dans un mouillage situé à votre vent, vous devrez naviguer au près. Peut-être même aurez vous à tirer des bords. Et là, comme lors de mon retour en solo des Açores, ça peut être long, voire trop long si le vent monte.

Savoir naviguer au près est indispensable également pour échapper aux pièges du vent qui vous pousse sur la côte. Indispensable pour gagner certains abris avant que le temps se dégrade.

Cette allure est la plus exigeante, la plus contre-nature puisqu’il s’agit d’avancer contre la mer et le vent. Lorsque le clapot s’y met, vous devez mettre de la puissance dans vos voiles, il ne suffit plus de les border à plat… il faut régler sans cesse, anticiper les risées. Il y a des techniques pour cela, elles ne sont pas si complexes, mais elles demandent tout de même un peu d’entraînement.

3. Le confort, la stabilité

les-tutos-de-la-croisiere-2Comme je l’ai écrit plus haut, des voiles défoncées font gîter un bateau plus que nécessaire. Plus encore, à toutes les allures, l’assiette du bateau et sa stabilité dans une mer formée se maîtrise en réglant les voiles. Par exemple un barber-hauler placé sur une écoute ou un bras de spi stabilise la route au portant dans la houle.

La réduction de voilure fait partie des réglages possibles: quand votre bateau devient dur à la barre, qu’il a tendance à partir au lof ou à l’abattée, sans doute êtes-vous trop toilés. Un ris, quelques tours d’enrouleur: le confort revient.

4. La performance

Même les moins régatiers d’entre nous ont le sourire aux lèvres quand ils dépassent un voilier plus grand que le leur. Un bateau qui marche, c’est bon pour l’égo !

Pour y arriver, il ne suffit pas d’avoir du bon matériel et un bateau bien entretenu. Il faut aussi et surtout savoir s’en servir. Régler ses voiles ne se résume pas à border ou choquer l’écoute à la limite du fasseyement.

Suivant la forme de votre carène et votre plan de voilure, vous pouvez affiner la forme de vos voile avec de nombreux autres réglages. Seulement voilà: ils vous paraissent tellement nombreux que vous vous y perdez. Rassurez-vous, avec quelques notions relativement simples, vous pourrez déjà atteindre des performances tout à fait honorables.

5. Le plaisir

Le plaisir de naviguer découle de tous les points précédents. Maintenant que vos voiles sont bien réglées, votre bateau vole avec grâce et légèreté sur le plan d’eau. Vous sentez les forces travailler harmonieusement, sans forcer, sans crainte de casser du matériel. L’eau s’écoule le long des bordé en produisant un son tantôt apaisant, tantôt grisant. Les accélérations sont fluides, vous faites corps avec le bateau. Les voiles éclatent de blancheur, gonflées, frémissantes, aussi vivantes que des ailes d’oiseau.

6. L’écologie

Imaginez: comme vous avez appris à régler vos voiles dans le petit temps, votre consommation de carburant est devenue insignifiante. Le moteur ne vous sert quasiment plus qu’à entrer et sortir du port.

Mieux : vos voiles durent plus longtemps. Votre empreinte carbone diminue. Et puis vous allez plus vite, donc plus loin. Plus besoin de prendre le Ferry pour vous rendre en Corse ou en Irlande, vous y arrivez (presque) aussi vite par vos (très) propres moyens!

Comment apprendre simplement à régler ses voiles?les-tutos-de-la-croisiere-3

Cet article n’est qu’une introduction au réglage de voile. Cependant, pour vous donner envie d’aller plus loin, je pense qu’il faut que vous commenciez avec des réglages simples qui vous permettront de déjà de bien vous amuser, et de préserver le matériel 😉

Quels sont les réglages essentiels ?

La tension de l’écoute

Si vous débutez en voile, le premier repère que tous les moniteurs vous donneront c’est de border vos voiles à la limite du fasseyement. Ni plus ni moins. Si elles se dégonflent vous bordez et dès qu’elles se regonflent vous bloquer l’écoute. Quand elles sont bien gonflées vous pouvez aussi vérifier de temps en temps, en relâchant doucement l’écoute, si elles ne sont pas trop bordées.

La position du point d’écoute

Le chariot de grand-voile coulisse généralement sur un rail. Sa position détermine celle de son point d’écoute.

Si vous naviguez près du vent, positionnez le au milieu de la barre d’écoute, et même un peu au vent si le vent est faible. Quand le vent monte laissez le descendre sous le vent.

Au travers mettez le chariot au quart du rail, sous le vent. Au largue et au vent arrière amenez le à l’extrémité du rail.

angle genoisCe sont des réglages basiques, que vous pourrez affiner ensuite suivant d’autres paramètres, mais commencez par là.

Le chariot d’écoute du génois a lui aussi son rail. Sa position idéale est plus subtile. En première approche je vous propose quand vous naviguez au près de placer le chariot du génois de sorte que l’angle que fait l’écoute avec la voile dessine la bissectrice de l’angle dessiné au point d’amure entre la bordure et la chute.

La drisse, le nerf de chute et la bordure

les-tutos-de-la-croisiere-4Au port : quand vous ne naviguez pas relâchez un peu la drisse du génois si vous avez un enrouleur. Il se déformera moins vite.

Dans le petit temps laissez vivre ces bouts. Vous aurez besoin d’une voile bien creuse pour avancer. Vous pouvez-même laisser quelques légères ondulations au long du guindant de la grand-voile.

Au delà de 8 noeuds de vent il va falloir étarquer tout cela plus sérieusement. Cependant, si des plis verticaux apparaissent le long du guidant, c’est que la drisse est trop reprise. Cela abime les voiles, donc relâchez un peu de tension. Surtout si vous naviguez au près. En revanche au portant dans la brise vous perdrez en vitesse en aplatissant trop vos voiles, mais vous roulerez moins. A vous de choisir.

Le pataras et le hale-bas

Le pataras permet de régler la tension de l’étai. Un étai souple accentue le creux du génois et donc sa puissance. Plus le vent et la mer sont forts, plus on cherchera à réduire ce creux, plus le pataras doit être raidi.

Sur les bateaux de croisière le hale-bas sert surtout du travers aux allures portantes dans la brise. Il empêche la bôme de se soulever quand on choque l’écoute.

Porter la toile du temps

Il est tout à fait illusoire de vouloir mener un voilier au maximum de son potentiel s’il ne porte pas la surface de voile nécessaire. Un voilier trop toilé sera vite incontrôlable. Il gitera énormément pour une vitesse faible tandis que le matériel et l’équipage seront malmenés.

Un voilier sous-toilé vous donnera tout aussi peu satisfaction. Il réagira peu à vos réglages, et vous ne sentirez rien à la barre. Au près il risque de dériver plus qu’il n’avancera.

Si vous ressentez ces symptômes, commencez par y remédier, sinon vous ne parviendrez jamais à régler correctement votre monture;

Pourquoi les réglages de voile demandent une attention régulière ?

Vous pouvez vous contenter de régler vos voiles comme je viens de le proposer, puis de ne plus y toucher jusqu’à ce que vous changiez d’allure. Mais si vous voulez faire marcher votre voilier, vous devrez être plus attentifs. Les paramètres à partir desquels vous avez effectués vos réglages initiaux changent constamment.

Parfois ils changent de manière subtile, de sorte que sur un croiseur lourd vous n’observerez pas ou peu de différences en affinant vos réglages de base. Les bateaux lourds offrent en effet une telle résistance à leur déplacement sur l’eau que les autres forces n’agissent que si elles sont vraiment puissantes.

Quels sont donc ces fameux paramètres? Sans surprise ils sont liés au vent et à la mer. Lorsque votre bateau accélère, sa vitesse engendre un vent vitesse qui s’ajoute au vent réel pour former ce que l’on appelle le vent apparent. C’est ce vent apparent qui souffle dans vos voiles, et non le vent réel seulement. De ce fait chaque variation de vitesse de votre destrier modifie la force et l’incidence du vent dans vos voiles.

les-tutos-de-la-croisiere-5La direction et l’intensité du clapot et de la houle ont également un impact sur la marche du voiler en lui offrant plus ou moins de résistance. Sans parler des courants qui affectent le vent apparent… Ces paramètres sont les plus évidents mais il en existent d’autres comme l’écoulement de l’eau sur la quille et le safran, l’effet de la gîte, les risées etc.

Un barreur expérimenté saura maintenir une vitesse à peu près constante en anticipant sur ces facteurs. Pour autant selon les circonstances il sera toujours possible, voir nécessaire d’améliorer l’écoulement de l’air dans les voiles par de nouveaux réglages de voile.

Comment contrôler finement l’efficacité des réglages ?

Au delà de la fameuse limite du fasseyement, d’autres indicateurs, dont les penons, et la gite du bateau permettent d’affiner les réglages de voile et de gagner encore quelques dixièmes de noeuds. Mais pour sentir la différence, prenez soin de naviguer avec une carène propre et une hélice qui ne vous freine pas trop.

J’en parle dans un second article plus poussé où je vous explique plus en détail comment nos voiliers sont aspirés et non poussés par le vent, sauf au vent arrière. La compréhension de ce phénomène vous permettra alors de raisonner en terme de vrillage de la surface de vos voiles et de mieux saisir le mouvement des penons.

Comment apprendre à régler ses voiles ?

En pratiquant bien sûr! Pour commencer, appliquez ce que je vous propose dans cet article. Choisissez les voiles ou la surface de voile adaptée à la méteo. Observez les effets de vos réglages sur la vitesse de votre voilier en vous fiant au loch plutôt qu’au GPS. Prenez la barre pour ressentir ces effets, faites des tests. Essayez de dépasser ou de rattraper les autres bateaux, amusez-vous !

Ensuite vous pourrez vous reporter à la suite de cet article et progresser encore dans votre apprentissage de la voile.

Katell

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3 comments

  1. Nicolas levasseur - Répondre

    Merci pour votre partage. Vos articles sont très bien écrits et très clairs.

  2. Magali Naidja - Répondre

    ” je vous propose quand vous naviguez au près de placer le chariot du génois de sorte que l’angle que fait l’écoute avec la voile dessine la bissectrice de l’angle dessiné au point d’amure entre la bordure et la chute.”
    je n’arrive pas à comprendre cette phrase:
    – l’angle que fait l’écoute: quelle partie de l’écoute: entre charriot et point d’écoute ou la partie entre charriot et winch?
    – l’angle entre la bordure et la chute n’est-il pas au point d’écoute?
    ==> pourriez-vous eclaircir cette phrase avec un petit schéma?

    • Hélène & Bertrand - Répondre

      Un bon schéma valant mieux qu’un long discours, celui que Katell a préparé pour répondre à cette question a été inséré dans l’article

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