Carnaval d’articles “Votre frayeur la plus mémorable en voilier” : 3 navigateurs témoignent !

echouageFin novembre, nous avons lancé notre premier carnaval d’articles sur le thème « votre frayeur la plus mémorable en voilier ».

En effet, il nous semblait intéressant de recueillir divers témoignages sur ce sujet car les aléas de la vie en mer peuvent être nombreux et le partage de nos expériences respectives est toujours riche et nous aide à mieux nous préparer et à appréhender les risques auxquels nos navigations plus ou moins lointaines peuvent nous exposer.

Il n’y a toutefois eu que peu de participants à ce carnaval d’articles.

Approche de la fin de l’année et début des préparatifs festifs ? Départ en transat de la plupart de ceux qui constituent la cohorte des voyageurs de l’année 2018 ? Communication insuffisante de notre part sur cette initiative ?

Qui sait, certainement un peu des trois mais au final, qu’importe !

Car trois navigateurs ont relevé notre challenge et ont accepté de témoigner sur l’événement qui les a le plus fortement marqué à ce jour. Et au delà de partager leurs mésaventures, ils nous permettent d’identifier les capacités essentielles à nourrir et développer jour après jour pour dépasser nos frayeurs et poursuivre nos navigations avec plaisir et sérénité.

Ces trois articles sont donc bien plus que de simples récits d’aventures, aussi étonnants en péripéties soient-ils, ils sont surtout réellement riches de réflexions et d’enseignements.

Voici donc une présentation de deux d’entre eux, que vous pourrez découvrir en intégralité sur les blogs de leurs auteurs, ainsi que le témoignage complet de Pascal, qui n’a pas créé (pour le moment !) de blog mais dont l’expérience nous a vivement intéressée et que nous avons eu également envie de partager avec vous.

Sonia, du blog Nomad-Life, qui navigue sur Tau Here

Une nuit en mer : dans la tourmente et le doute | Ma pire nuit en mer !

portrait 2Sonia et Lucas lèvent l’ancre au printemps 2016, après 3 ans de préparatifs. Leur objectif ? Sortir de l’Autoroute « métro-boulot-dodo », vivre autrement, dans le respect de leurs valeurs, nourrir leur goût du voyage en empruntant les chemins de traverse.

Leurs rêves sont grands, comme ceux de tous les candidats au grand départ mais ils n’idéalisent pas pour autant la vie en mer. Ils savent que certains moments seront plus éprouvants que d’autres, mais ces contraintes, ils les ont choisi et s’y sont préparés.

Les débuts sont un peu difficiles, entre le froid, le mal de mer et la prise en main de leur voilier mais ils tracent petit à petit leur route vers le sud le long de la côte portugaise, sans pression inutile, à leur rythme.

Arrive toutefois le moment où il leur faut se lancer dans une traversée plus longue et enchaîner plusieurs jours en mer. Malgré quelques inquiétudes bien légitimes, les conditions de la réussite sont réunies et Sonia et Lucas se lancent dans cette navigation qui leur offrira de mémorables souvenirs, mais pas forcément ceux que l’on imagine de prime abord !

La suite de leur aventure est disponible sur leur blog Nomad-Life, nous vous conseillons d’aller la lire sans attendre, Sonia nous raconte cette histoire avec beaucoup de rythme et de suspense, on a vraiment l’impression de naviguer avec eux et de vivre en « live » cette nuit bien éprouvante !

Nous retiendrons de ce témoignage l’importance de se faire confiance quand notre navigation a été bien préparée et les conditions météo anticipées, la capacité à prendre les décisions qui s’imposent avec réflexion et bon sens, même dans une situation d’urgence, ainsi que savoir prendre patience et persévérer, faire face aux difficultés sans se décourager et progresser ainsi dans sa pratique de la navigation à la voile.

Manu, du blog Manu autour du monde, qui navigue sur Martin Eden

Big Big Storm

portrait 1Le 15 août 2018, Manu est parti pour un tour du monde en solitaire et sans escale par les 3 caps, à bord de Martin Eden, une navigation en hommage à Bernard Moitessier et à Guy Bernardin, à l’initiative de ce pèlerinage un peu fou.

En novembre, au large de l’Afrique du Sud, Manu et Martin se retrouvent pris dans une tempête dantesque, le vent souffle à plus de 80 nœuds, les déferlantes s’enchaînent.

Martin chavire par 2 fois, et Manu, à la barre à ce moment là, se retrouve coincé dans les filières sous le vent, dans l’eau … A ce moment là, il ne pense plus, il “FAIT”… Son espérance de vie à  l’extérieur se compte en heures, il lui faut impérativement regagner l’intérieur au plus vite malgré le risque que cela représente dans cette mer déchaînée.

Manu raconte la suite de son histoire sur son blog Manu autour du monde.

Son récit met en avant les capacités d’analyse et la clairvoyance qu’offre un bateau parfaitement préparé à son programme dans une situation extrême qui requière sang froid, sens des priorités et efficacité ainsi que les facultés d’adaptation qu’exige tout mode de vie intimement dépendant de la nature, dont notamment la capacité à renoncer et à l’accepter.

Mais au delà des décisions difficiles que nous imposent parfois la mer, son témoignage vibre également d’une sérénité profonde issue de son respect et de son humilité face aux forces de la nature, d’une capacité d’émerveillement intacte et d’un puissant sentiment de liberté qui nous donne envie de prendre également le large au plus tôt.

Pascal, qui navigue sur Zangra

Fortune de mer

portrait 3Pascal navigue en solitaire depuis des années et dans ses pérégrinations autour du monde, il lui est arrivé de rencontrer des conditions difficiles. La technologie moderne contribue à sécuriser grandement ce genre de navigation mais quelques impondérables peuvent malgré tout survenir à tout moment.

Voici l’expérience que Pascal a souhaité partager avec nous à l’occasion de ce carnaval d’articles :

« Après être parti de Puerto calero, j’avais fait 1900 miles en solitaire le long des côtes du Brésil pour atteindre Trinitad en ayant pris soin de bien me dégager de la côte en premier lieu pour profiter du courant et éviter les alluvions de l’Amazone et de l’Orénoque mais surtout pour ne pas rencontrer les pécheurs qui pêchent sur le plateau continental et qui ont la réputation de ne pas être toujours très accueillants . Je suis arrivé sans encombre à Trinitad ,si ce n’est un génois déchiré dans la ZIC, le pot au noir si vous préférez.

Pour regagner Puerto la Cruz après Trinitad, deux options : faire un saut aux Testigos et boire une bière avec Shon Shon, c’est une bonne option car on est presque sûr de toucher l’alizé portant, l’autre tirer le long de la cote nord du golfe de Paria, laisser l’île de Coche à tribord et enrouler la bouée de la punta de Araya comme on enroule la bouée de largue dans un triangle olympique après ce sera la merde car je serais probablement déventé et il faudra recourir à la risée fond de cale 60 décibels. C’est l’option choisie.

La première nuit se passe normalement, le deuxième jour aussi, et au soir du deuxième jour j’avais pris la décision de passer entre Coche et la terre. Il n’y as pas beaucoup d’eau mais toujours suffisamment pour mes deux mètres dix de tirant d’eau.

18 heure trente. La nuit est tombée, je mange un morceau dans le carré. Depuis une demi- heure, j’avais mis le moteur car le vent était tombé et ne restait plus qu’une mince brise expirante et là j’entends un raffut sous la coque. Le moteur cale, je bondis dans le cockpit, je comprends que j’ai un filet dans l’hélice et au même moment j’aperçois un pinero a 25 mètres derrière le bateau.

« Reste calme c’est une attaque » me dis -je dans ce début de nuit sans lune.

Ils m’engueulent en espagnol, « no habla espagnol » je réponds. Ca ronchonne sur le pinero mais pendant ce temps la brise expirante nous décale dans l’ouest de quelques encablures. Je n’en crois pas mes yeux et bientôt mes oreilles, m’attendant à ce qu’ils démarrent leur moteur pour venir m’agresser mais la nuit noire finit par m’envelopper. Tous feux éteints, la grand voile m’enfonce dans la nuit m’éloignant des pécheurs.

J’’aperçois au loin les lumières de Coche, probablement celles de Margarita, et sur bâbord les maigres lumignons de la côte. Il est 19 heures je n’ai pas été agressé mais je n’ai plus de moteur .

Naviguer à la voile est le propre d’un bateau à voile mais je sais pertinemment que demain matin , passé la pointe, le vent sera tombé et il restera 33 miles.

Les solutions :

  • Finir à la voile et demander la remorque à un bateau rentrant au port.
  • Plonger en solitaire après que le jour soit levé sur une mer déserte, dans un premier temps pour jauger les dégâts et tenter de couper le filet.

Cette deuxième option me terrifie : elle est particulièrement dangereuse, car en travaillant sous la coque je risque de me faire assommer par tous les mouvements de la coque. Les béotiens vont penser aux requins, je sais pertinemment que j’ai une chance sur 100 000 d’en croiser un, donc cette éventualité ne m’inquiète aucunement.

La nuit est mauvaise les questions m’assaillent ; il faut prendre des bonnes décisions je fais des petits sommes de 10 ou 15 minutes,

J’enroule la bouée de Araya en pleine nuit laissant son feu défiler sur mon bâbord ; je vais bientôt être déventé. Et le matin arrive à 5 heures trente il fait jour mais le soleil est encore trop bas sur l’horizon pour plonger. Je n’en mène pas large.

9 heures approchent, je sors le matériel de plongée PMT plus ma ceinture de plomb .

J’ai décidé malgré tout de ne pas m’attacher je sais que je vais avoir de nombreuses apnées à faire et j’ai peur qu’un bout me ralentisse et m’encombre. Le bateau n’avance presque plus, je laisse la grand voile haute pour limiter le roulis et le stabiliser, le risque étant que le vent reprenne et que le bateau parte sans moi ; je mets donc un bout de 10 mètres à l’eau. Je sors aussi le couteau à pain qui s’avère souvent adapté. Et l’arme ultime, la scie à métaux.

A la première apnée , je comprends l’ampleur des dégâts : l’hélice n’est pratiquement plus visible, l’enchevêtrement du filet autour de l’hélice faisant 50 voire 60 centimètres de diamètre et des dizaines de flotteurs en plastique forment une boule inextricable.

Je vérifie qu’il n’y ait pas d’hameçons, il ne manquerait plus que je reste coincé sous la coque retenu par un hameçon !!!

Une seule solution : couper tout cela avec la scie à métaux. Et le boulot commence.

Respirer, plonger, s’accrocher au paquet de filet et commencer à scier avec la coque au dessus de la tête qui monte et descend dans ce fouillis qu’est un filet enroulé serré autour de l’hélice ,la difficulté étant de scier au même endroit sinon on scie plusieurs fois pour peu de résultat.

Il faut aussi faire attention à ne pas frôler et encore moins toucher la coque avec une partie du corps car les crabants et autres anatifes coupent comme des rasoirs et peuvent être très urticants.

Je suis resté à me faire péter les poumons pendant plus d’une heure, heureusement l’eau était bonne et je n’ai pas eu froid. Et au bout d’une heure un quart, la satisfaction du devoir accompli, l’hélice est dégagée. Remonté à bord et l’instant de vérité : l’inverseur a t’il été touché ?

Au moment ou je passe la marche avant, le bateau s’ébroue et le ronron familier du moteur devient presque agréable.

A 13 heures je fais mon amarrage en solo au ponton de Baia Redonda, épuisé et un peu fier d’avoir réussi à m’en sortir seul une fois de plus. »

Ce récit de Pascal souligne une nouvelle fois la nécessité de garder son sang froid en toute circonstance, de rester réactif face à l’adversité et de conserver la capacité de prendre ses décisions sans hésitation.

Il met également en avant l’importance de bien préparer toute intervention à bord et d’anticiper au mieux ce qui peut l’être pour minimiser les risques.

Enfin, il illustre parfaitement la nécessité de pouvoir mobiliser ses ressources propres quand la situation l’exige et la fierté profonde qui naît de ce dépassement de soi.

 

Nous espérons que, comme nous, vous aurez apprécié ces trois témoignages, qu’ils auront aiguisé votre curiosité et que la diversité des expériences vécues enrichira vos réflexions et la préparation de votre prochaine croisière à la voile.

Merci encore à Sonia, Manu et Pascal pour leur participation à ce carnaval d’articles et leur partage.

 

Nous vous souhaitons bon vent et bonne mer.

Vous souhaitez réagir à cet article ? N’hésitez pas à nous donner votre avis sur ces 3 témoignages dans les commentaires ainsi qu’à partager votre expérience.

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