Embarquer un dessalinisateur à bord : est-ce indispensable, utile ou superflu ?

dessalinisateur-versus-bidons-eau-douceL’homme a navigué pendant des siècles sur l’ensemble des océans de la planète sans aucune possibilité de consommer l’eau de mer à bord. Alors pour quelle(s) bonne(s) raison(s) le dessalinisateur est-il devenu ces dernières années un équipement jugé absolument indispensable par la grande majorité des navigateurs et désormais incontournable en grande croisière ?

Lorsque nous nous sommes lancés dans nos propres préparatifs de croisière au long cours, nous avions comme image du dessalinisateur un matériel couteux à l’achat, qui tombe régulièrement en panne, surtout lorsqu’on l’utilise peu, et gros consommateur d’énergie. Comme depuis des années, nous portons une vigilance particulière à nos consommations d’eau et qu’au fil du temps, nous avons appris à être économes, sans pour autant avoir l’impression de nous priver d’eau douce, notre décision était déjà prise, nous n’aurions pas recours à un dessalinisateur à bord, l’enjeu (financier notamment) n’en valait pas la chandelle …

eau-en-bouteilleCependant, restait à régler la question de l’eau potable car nous ne souhaitions pas boire l’eau des tanks, stockée plusieurs semaines d’affilée, ni ingurgiter quotidiennement des produits de traitement de l’eau.

Peu de solutions restaient donc envisageables, hormis celle d’acheter de l’eau en bouteilles, mais ce choix présentait aussi, à nos yeux, de nombreux inconvénients :

· approvisionnement à réaliser régulièrement compte tenu des quantités nécessaires par jour, notamment sous les tropiques (à quatre, nous buvons au minimum 8l / jour, soit environs 60l / semaine)

· stocks lourds à transporter, car en voilier, le supermarché est rarement à proximité immédiate du mouillage

· coût élevé, même en bonbonnes de 6 à 8l (au moins 18€ / semaine soit 936€ à l’année … un budget loin d’être négligeable)

· nombreux déchets générés et même lorsque l’on est pleinement sensibilisé au recyclage et que l’on s’astreint à se promener à terre avec tout ce plastique le temps de trouver le conteneur de tri adapté, le succès n’est pas toujours au rendez-vous (nous en avons fait l’amère expérience en Sicile) …

dessalinisateur-usine-a-gazAlors, petit à petit, nous avons commencé à revoir notre position et à nous intéresser d’un peu plus près aux modèles de dessalinisateurs. Comme il existe de nombreux fabricants, la gamme de produits est large en termes de performances, capacités, compacité ou modularité d’installation mais nous avons fini par identifier un modèle de petite capacité avec 5,5 l/h, suffisant pour couvrir notre besoin journalier en eau potable. Alors quand nous avons eu l’opportunité d’en acheter un d’occasion deux jours avant notre départ, à proximité de notre port d’attache et à un prix raisonnable, nous n’avons finalement pas hésité longtemps à sauter le pas.

Mais avant de vous présenter notre feedback après presque 10 mois d’utilisation de notre dessalinisateur, nous vous proposons de revenir sur les quelques critères essentiels à prendre en compte avant d’investir.

Investir dans un dessalinisateur : les critères d’un achat réfléchi

Avant de partir bille en tête acheter un dessalinisateur, il importe de réfléchir aux points suivants, afin de ne pas acquérir un équipement surdimensionné au regard de vos besoins réels et de ne pas créer une installation « usine à gaz » (comme par exemple, se retrouver contraint d’ajouter un groupe électrogène pour garantir le bon fonctionnement du dessalinisateur) :

  • maitriser-consommations-eau-regulateur-debitLes besoins en eau douce et potable à bord du bateau : exprimés en litre par personne et par jour, ils prennent en compte la cuisine, la boisson, la vaisselle et la toilette mais laissent de côté le nettoyage du pont. Il importe de toujours commencer par bien estimer et maîtriser cette consommation car elle constitue la base d’un bon dimensionnement. L’idéal est d’être pragmatique et de naviguer au préalable sans dessalinisateur pour définir avec justesse ses besoins en fonction du niveau de confort recherché. Se limiter à une approche théorique présente un grand risque de surdimensionnement, « au cas où » …
  • La capacité électrique nécessaire à bord pour alimenter le moteur de la pompe : disposez-vous d’une source de 220 V ou seulement de 12 V, quelle est votre capacité de batteries, quelles sont vos sources possibles de recharge (éolienne, PV, …) ?
  • Le prix de l’appareil ainsi, que de l’ensemble de ses accessoires, comme les filtres nécessaires en amont, le réservoir d’eau douce en cas de stockage différencié entre l’eau de boisson et l’eau douce réservée aux autres usages du bord, les tubes d’aspiration de l’eau de mer et d’arrivée d’eau douce, etc …, souvent très onéreux,
  • dessalinisateur-petite-capaciteLa place disponible pour installer le modèle choisi à bord de votre voilier,
  • Votre programme et votre style de navigation (mouillage ou port) pour identifier les possibilités d’approvisionnement en eau potable en cours de route.

Dans la mesure où le bon fonctionnement d’un dessalinateur est intimement lié à sa fréquence d’utilisation, il est stratégique de ne pas surdimensionner votre équipement, notamment pour un programme de navigation dans les pays chauds car au-delà de 3 jours sans fonctionnement, vous risquez fort de vous trouver confronté à un rapide développement bactérien.

7 bonnes raisons d’investir dans un dessalinisateur de petite capacité

Si vos besoins en eau douce restent limités, que vous êtes opportuniste et prêt à compléter vos pleins d’eau dès qu’une occasion se présente, en bidonnant le cas échéant, alors un dessalinisateur de faible capacité est aucun sans doute parfaitement adapté et suffisant pour vous.

Car les bénéfices d’un approvisionnement en eau potable régulier à bord sont incontestables. Et les raisons qui plaident en faveur d’un dessalinisateur pour assurer cet approvisionnement, plutôt que d’opter pour un stockage traditionnel en réservoirs, sont désormais pour nous les suivantes, avec un recul de plusieurs mois d’utilisation :

  1. Disposer d’une eau potable en quantité et en qualité : s’équiper d’un dessalinisateur permet de disposer d’une source d’eau fraîche permanente et donc de pouvoir boire à l’envie, ce qui est essentiel en haute mer ainsi que dans les pays chauds, pour éviter la déshydratation. Par ailleurs, le dessalinisateur eau-potable-risques-sanitairesfournit une eau potable parfaitement saine contrairement à l’eau distribuée dans de nombreuses zones du monde, qui reste d’une qualité médiocre, et peut être une source non négligeable d’exposition à des indispositions, voire des maladies graves. Etre autonome pour sa production d’eau potable constitue donc une excellente garantie sanitaire lors d’un voyage autour du monde.
  2. Améliorer son confort : avec un dessalinisateur à bord, même de petite capacité, vous disposez d’une source d’eau douce régulière et suffisante pour vous offrir un confort minimal, comme prendre une douche (raisonnable !) après un bain de mer ou laver quelques effets personnels au cours d’une traversée, sans devoir vous limiter aux seuls besoins vitaux de l’équipage.
  3. Gagner en autonomie : embarquer un dessalinisateur permet de ne plus dépendre de votre seule capacité de stockage. Votre itinéraire s’affranchit d’un passage régulier au port pour vous approvisionner, vous pouvez choisir de naviguer dans des zones peu peuplées voire désertiques sans risquer la pénurie d’eau potable, vous gagnez en liberté (et en sécurité).
  4. eau-potable-importance-maitrise-consommationRenforcer la convivialité à bord : lorsque que vous embarquez ponctuellement de la famille, des amis ou des équipiers, vous avez la possibilité de produire temporairement votre eau douce un peu plus régulièrement que d’habitude (sans toutefois tomber dans une débauche de consommation !). Tout en sensibilisant votre équipage à la nécessité de préserver la ressource en eau, vous pouvez profiter pleinement de sa présence sans vous crisper dès que vous entendez un robinet couler …
  5. S’engager dans l’« écolo » attitude : avec un dessalinisateur, votre eau est produite localement, le plus souvent à partir d’énergies renouvelables, et votre consommation ne génère aucun déchet plastique.
  6. Acquérir un équipement financièrement accessible : avec un dessalinisateur de petite capacité, faiblement consommateur d’énergie, vous n’avez plus besoin d’investir dans un générateur ou une source production d’énergie supplémentaire. L’équipement en lui-même n’en devient donc que plus accessible financièrement. En outre, l’entretien requis étant minimal, votre investissement s’amortit rapidement au seul regard du prix de l’eau en bouteille.
  7. Economiser de l’espace et de la charge : un dessalinisateur pèse nettement moins lourd que des réservoirs pleins et/ou des bouteilles d’eau en quantité pour répondre à nos besoins lors de certaines longues navigations. Il occupe également bien moins d’espace à bord, d’autant plus que lorsqu’il est de petite capacité, donc d’une taille réduite, il peut être installé dans un “espace perdu” ou difficilement accessible pour un autre usage.

Un dessalinisateur de petite capacité, un investissement abordable et judicieux pour partir en grande croisière

dessalinisateur-katadyn-powersurvivor-40ENotre dessalinisateur Katadyn powersurvivor-40E, d’une production horaire de 5,5 l, tourne quotidiennement quelques heures. Ce modèle est relativement basique : il n’est constitué que d’un préfiltre, d’une pompe et d’une membrane … sans aucune autre fioriture autour. Sa maintenance reste donc basique et économique.

D’une puissance comprise entre 40 et 60W, notre dessalinisateur n’impacte pas significativement notre consommation électrique quotidienne (même si son utilisation est systématiquement subordonnée à notre capacité disponible) tout à nous fournissant un apport en eau potable essentiel et stratégique.

dessalinisateur-importance-qualite-eauAprès plusieurs mois d’utilisation, le seul point contraignant reste la qualité de l’eau de mer. Si nous faisons tourner notre dessalinisateur en pleine mer sans aucune hésitation, nous sommes plus circonspects et prudents au mouillage où la qualité de l’eau peut être plus « incertaine », afin d’éviter de détériorer la membrane, qui reste le consommable le plus cher de cet équipement, et dont la durée de vie est élevée en l’absence de pollution.

En cas de doute, mieux vaut passer l’installation en mode « arrêt », même si cela nécessite un traitement biocide préalable. Cette intervention est stratégique et relativement rapide (elle n’excède en général pas 15’ environ), alors même si on a toujours mieux à faire, comme aller se baigner, retrouver des amis ou partager un apéro, mieux vaut prendre le temps de mettre son installation en sécurité en cas de non utilisation prolongée !

En résumé, disposer d’un dessalinisateur, même de faible capacité, à bord de notre voilier nous permet de naviguer avec davantage d’autonomie, de sécurité et de confort … Bien sûr, comme tout autre appareil complexe, il peut tomber en panne ou simplement manquer d’énergie. Il n’est donc pas question nous lancer dans une traversée en comptant aveuglément sur lui …

C’est pourquoi si nous sommes aujourd’hui les heureux propriétaires d’un Katadyn powersurvivor-40E, nous ne nous exonérons jamais de faire le plein dès qu’une opportunité se présente (séjour au port, robinet public accessible sur une plage ou en ville) afin de limiter son fonctionnement, réduire par voie de conséquence les interventions de maintenance et disposer autant que possible d’une réserve permanente suffisante en cas de panne matérielle.

Nous vous souhaitons bon vent, et bonne mer.

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2 comments

  1. eric balandraud - Répondre

    Bravo pour le dessal, nous avons opté, nous, pour une filtration des eaux des réservoirs. Filtration qui va jusqu’au microbes, avec en plus des pré-filtre en amont.
    Soit une solution onéreuse, mais 5000l d eau potable filtrable par filtre, nous fait un coup inférieur au prix de l eau en bouteille.
    On a un robinets 3 fonction s eau froide eau chaude et potable. Cela résous le problème des bouteilles.
    Et en secours on a un dessal que pour le moment on utilise presque pas.
    Car qui dit dessal, dit reminéralisation de le eau.
    Par contre notre dessal faut du 50l/h avec une consommation de 50a, mais cela ne gêne en rien on diminue juste le temps pour obtenir la quantité d eau dont on a besoin

    • Hélène & Bertrand - Répondre

      La filtration est effectivement également une autre bonne solution pour avoir de l’eau potable sans acheter de bouteilles en plastique. Reste toutefois à gérer l’appro en eau quand on opte pour cette solution.

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